Nouvel an et bonnes résolutions

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Le mois de janvier tire son origine du Janus, le dieu romain des commencements et des fins. Ce n’est donc pas un hasard si ce début d’année est l’occasion choisie pour prendre de nouvelles résolutions pour l’année à venir. À l’image de Janus représenté une face tournée vers le passé, l’autre vers l’avenir, janvier est le mois qui permet de rompre avec le passé pour faire place à la nouveauté.  En psychologie, certains chercheurs se sont intéressés à ce phénomène comme un potentiel levier de développement personnel. En effet, les célèbres “j’arrête de fumer” ou “je me mets au sport” pourraient avoir d’importantes conséquences en termes de santé publique à l’échelle d’un pays. Dans cet article, nous plongeons au cœur de ces comportements auto-initiateurs que sont les bonnes résolutions.

Des résolutions effacées par le temps…

Si l’écrasante majorité des individus formule des nouvelles résolutions au début d’une nouvelle année, ce phénomène reste peu étudié par la communauté scientifique. Les principales questions s’intéressent à l’accomplissement (ou non) de ces résolutions et aux déterminants qui la sous-tendent. Le premier constat, que l’on partage tous par nos expériences passées, est la difficulté à maintenir nos résolutions au fil du temps. En suivant des participants suite aux résolutions du nouvel an, Norcross et Vangarelli (1988) ont observé une diminution progressive des bonnes résolutions avec le temps. Qu’il s’agisse d’arrêter de fumer, de perdre du poids ou de toute autre résolution, la tendance semble identique. Une semaine après le premier jour de l’an, 77% des participants avaient maintenu leurs résolutions, 55% après le premier mois, 43% après trois mois, 40% après six mois et 19% après 2 ans. Ici comme dans d’autres études, aucune différence n’a été observée entre les différentes catégories de résolutions (activité physique, arrêt de substance, relations sociales…). Si ces taux de conservation peuvent nous paraître assez importants, des études (Marlatt et al., 1988) sur la volonté d’arrêter le tabac pour la nouvelle année montrent des taux d’abstinence bien plus faibles (i.e. seulement 13% après un an). 

Sur un autre plan, certains auteurs ont cherché à déterminer des facteurs de réussite au maintien des résolutions du nouvel an. L’une des premières études à ce sujet menée par Marlatt et Kaplan (1972) cherchait à montrer un potentiel effet bénéfique d’un contrôle (monitoring) régulier avec questionnaires sur la perte de poids. Malheureusement, aucune différence significative n’a pu être mise en évidence sur la perte de poids des participants grâce à cette stratégie. Une autre étude suggère que la fréquence des contrôles n’a pas d’influence sur le taux de réussite (Anderson et al., 2020). Certains facteurs ont cependant pu être identifiés comme favorisant la réalisation des résolutions dans cette étude. On peut notamment citer la disposition au changement et l’efficacité personnelle comme des caractéristiques positives prédictives aux réalisations des résolutions (Norcross et al., 2002).

Bien que la majorité des résolutions de la nouvelle année ne résiste pas à l’épreuve du temps, certaines caractéristiques personnelles semblent permettre un taux de réussite plus important. Un autre facteur semble cependant jouer un rôle bien particulier : la formulation de ces nouvelles résolutions.

L’importance de la formulation

Pour aller plus loin que la malheureuse constatation des échecs des résolutions liées à la nouvelle année, nous pouvons nous intéresser à deux grandes théories éclairantes sur cette question. La première s’inscrit dans le cadre des théories avec fixation d’objectif (goal-setting theory). L’idée est de différencier les objectifs à court terme à visée pratique (e.g. faire du jogging deux fois par semaine) et ceux à plus long terme portant sur un changement d’état (e.g. devenir plus honnête). Il y a donc d’un côté des objectifs subordonnés, concrets et réalisables facilement, et de l’autre les objectifs superordonnés, plus abstraits qui ne peuvent être réalisés en une seule étape. Dans une récente étude, Höchli et collègues (2020) ont cherché à comparer l’influence de ces types d’objectifs dans le contexte du nouvel an. L’originalité de l’étude réside dans une répartition aléatoire des participants dans 4 groupes : a) résolution du nouvel an uniquement (contrôle), b) avec objectif subordonnés, c) avec objectif superordonnés et d) avec objectif sub- et superordonnés. Les résultats montrent que seule la condition qui allie les deux types d’objectifs permet d’augmenter le taux de réussite des participants. La motivation nécessaire à la poursuite du comportement est alors favorisée par la réalisation d’objectifs simples permettant de se projeter dans le plus long terme. 

Les nouvelles résolutions mal formulées prêtes à vous écraser

La seconde stratégie qui pourrait vous permettre de mener à bien vos résolutions du nouvel an se base sur la distinction approche-évitement des objectifs. Ainsi, il serait plus efficace de formuler vos bonnes résolutions sous forme d’un comportement à adopter plutôt qu’un comportement à éviter. Il est donc plus efficace de se dire de manger plus de fruits que de vouloir arrêter de manger gras. Dans cette étude (Oscarsson et al., 2020), 47,1% des participants parviennent à leurs objectifs dans le cadre de formulation d’évitement contre 58,9% pour l’adoption de nouveaux comportements. Privilégiez donc une approche plus positive en favorisant de nouveaux objectifs à atteindre en évitant de se centrer sur l’évitement d’un ancien comportement. 

Si ces deux manières de formuler des résolutions permettent d’améliorer significativement la probabilité de s’y tenir, il convient de noter les différentes limites de ces études. En effet, ces études portent principalement sur des questionnaires et des mesures rapportées par les participants. Des mesures plus objectives permettraient de confirmer, ou non, ces résultats. En conclusion, pour maintenir vos bonnes résolutions dans le temps, formulez-les de la bonne manière !

Références

  1. Höchli, B., Brügger, A., & Messner, C. (2020). Making New Year’s Resolutions that Stick: Exploring how Superordinate and Subordinate Goals Motivate Goal Pursuit. Applied Psychology: Health and Well-Being, 12(1), 30–52.
  2. Marlatt, G. A., & Kaplan, B. E. (1972). Self-initiated attempts to change behavior: a study of New Year’s Resolutions. Psychological Reports, 30(1), 123–131.
  3. Marlatt, G. A., Curry, S., & Gordon, J. R. (1988). A longitudinal analysis of unaided smoking cessation. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 56(5), 715–720.
  4. Norcross, J. C., & Vangarelli, D. J. (1988). The resolution solution: Longitudinal examination of New Year’s change attempts. Journal of Substance Abuse, 1(2), 127–134.
  5. Norcross, J. C., Mrykalo, M. S., & Blagys, M. D. (2002). Auld lang syne: Success predictors, change processes, and self-reported outcomes of New Year’s resolvers and nonresolvers. Journal of Clinical Psychology, 58(4), 397–405.
  6. Oscarsson, M, Carlbring, P., Andersson, G., & Rozental, A. (2020). A large-scale experiment on New Year ’ s resolutions : Approach-oriented goals are more successful than avoidance-oriented goals. 1–13.